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Quatre étoiles : la magie du théâtre

Quatre étoiles, la pièce choisie par la troupe de théâtre d’Éric Godin, cette année, a été écrite par un auteur français contemporain, Éric Beauvillain.

Éric Beauvillain a toute une formation théâtrale et une grande expérience de la mise en scène et de la technique. Il offre des cours et des ateliers de théâtre, depuis de nombreuses années, tant dans des écoles primaires, des collèges, des lycées, des municipalités qu’à des groupes d’adultes. C’est donc tout naturellement, explique-t-il sur son site, qu’il s’est tourné vers l’écriture théâtrale à la fois pour alimenter ses ateliers et pour répondre à des demandes venant de diverses troupes.

Beauvillain présente chacune de ses pièces sur son site internet. Ainsi, lorsqu’un metteur en scène et sa troupe sont à la recherche d’une pièce à monter, ils peuvent consulter ce site, lire des extraits de très nombreuses pièces, faire un choix et demander les droits afin de pouvoir présenter l'œuvre choisie. Chaque fois qu’une de ses pièces est ainsi présentée, l’auteur demande qu’on lui transmette des commentaires, des suggestions, etc. De cette façon, la pièce est en constante évolution.

Voici le résumé de la pièce et ses points forts tels que présentés par Éric Beauvillain sur son site :

« Pour leur anniversaire, Jean et Mathilde se sont vu offrir un week-end dans un hôtel de luxe. Il semble cependant que le temps de sa splendeur soit révolu tant sont étranges les personnes qui y rôdent, du savant fou au fils maniaco-dépressif en passant par la sorcière et le liftier Igor... Le couple n'est vraiment pas au bout de ses surprises dans cet hôtel plus qu'étrange!

Points forts :

  • Une pièce regorgeant de surprises étonnantes et une double fin : on croit que c'est fini, mais non!
  • Des rôles équivalents pour que tous s'amusent sur scène dans la création de leur personnage.
  • De quoi occuper les décorateurs de la troupe avec une horloge à disparitions magiques. »

Le site d'Éric Beauvillain : http://amatheus.chez-alice.fr/articles.php?lng=fr&pg=176

 
Quatre étoiles et la troupe du CSJV

Lorsque la troupe a effectué une première lecture de la pièce Quatre étoiles, toutes et tous ont beaucoup ri! Ils ont découvert là une histoire très drôle et pleine de promesses.

Pourtant, dès le départ, deux difficultés se sont imposées. D’abord, le texte comporte de nombreuses références à la culture française qui n’ont pas d’échos chez nous, pour une bonne part. Comme il s’agit de touches humoristiques, il fallait transformer ces références pour qu’elles puissent faire rire ici. Ensuite, la pièce a été peu jouée jusqu’à maintenant. Ainsi, explique Éric Godin, « l'auteur n'a pas eu l'occasion d'ajuster et de corriger selon les réactions du public... On se retrouve donc presque avec un texte 'en finition', mais quand même très brillant. » Peu importe, nos braves ont travaillé fort et ont relevé le défi avec brio!

Le travail préparatoire avant de se mettre réellement aux répétitions de la pièce et à l’enchaînement des scènes a demandé plusieurs semaines de travail patient... Il a fallu adapter le texte en ce qui concerne les références culturelles et la langue, ajouter de nouvelles scènes, par exemple une ouverture et une version différente de la finale, etc. Tout cela signifie que les comédiennes et comédiens ont dû travailler avec un texte « non final » et une mise en scène « évolutive », ce qui augmente la difficulté, alors qu'être à l'aise dans un rôle n’est déjà pas facile en soi.

Mais la tâche la plus absorbante fut de « composer » les personnages. En effet, l’auteur crée des personnages plutôt farfelus, sur lesquels repose le comique de la pièce, mais il ne les « habille » pas tellement. Bien sûr, Beauvillain annonce dès le départ qu’il souhaite que les comédiennes et comédiens s’amusent à créer leur personnage, mais cela demande tout un tour de force pour une jeune troupe! C’est donc au metteur en scène et à ses comédiens que revient la tâche d’étoffer les personnages pour les rendre consistants. Si la troupe jouit ainsi d’une grande liberté, elle se retrouve tout de même avec une tâche immense, car pour qu’un personnage soit crédible sur scène, le comédien doit pouvoir s’en imbiber et le « connaître ».

Au fil des répétitions, de connivence, le metteur en scène et chacun des membres de la troupe se sont attaqués à donner la vie à leurs personnages. Éric Godin nous a raconté le travail de son équipe...

 
Émilie Côté (la religieuse) et Benjamin Charron (Vlad)

« Dans certains cas, explique Éric, il nous a fallu composer entièrement les personnages en partant de la glaise brute – pensons à Adam et Ève. » Ce fut le cas pour le personnage joué par Émilie. Au départ, le personnage est « une madame sans personnalité précise ni couleur intéressante. Nous avons exploré ensemble différentes avenues : elle est passée par une fille gothique abandonnée, puis une vampire, puis une religieuse qui 'défroque' pour finir 'religieuse athée mariée à un vampire'... » Ouf! Émilie, qui n’est qu’en deuxième secondaire, a présenté un personnage convaincant.

Le mari – un vampire, on l’aura compris! – était lui aussi, à l’origine, simplement décrit comme étant un 'monsieur', également sans grande couleur. Il est devenu un personnage éclatant, très bien rendu par Benjamin.


Caroline Bergeron-Legros (l’étrangère)

Un autre personnage qui a demandé beaucoup de recherche est celui de « la Britannique ». Présentée dans la pièce comme une « détective sortie des romans d'Agatha Christie », Éric et Caroline se sont aperçus rapidement que cette description n’était pas appuyée sur le texte, et donnait donc peu de profondeur au personnage. Ils ont donc exploré plusieurs options, par exemple « la vedette de cinéma », « la matante passée date », « la Française chiante »... « Pas facile pour la comédienne, raconte Éric, de devoir s'ajuster chaque semaine à de nouvelles demandes et idées du metteur en scène qui cherche le fameux personnage. » Mais Caroline n’en était pas à sa première expérience de théâtre, et elle s’est magnifiquement prêtée au jeu pour devenir... « l’étrangère »!  


Julia Ros-Larocque (l'hôtelière)

Encore un personnage difficile! Dans le texte de Beauvillain, ce personnage utilisait une manière de parler très difficile à comprendre, puisqu’il utilisait un dialecte inventé... Jouer dans une telle « langue » est très difficile et « demande, selon Éric, une bonne technique de scène qu'on ne peut demander à de jeunes comédiens en formation ». Éric et Julia se sont donc attelés à la tâche : « nous avons procédé à une ré-écriture de chacune des répliques, et comme la langue était ce qui donnait la couleur au personnage, nous avons ensuite dû travailler à rebâtir quelque chose d'attrayant. Julia a apporté beaucoup d'elle-même à son personnage, en proposant des avenues personnelles qui fonctionnaient parfaitement. » Elle a donc transformé le défi de départ en un nouveau défi magnifiquement relevé!

 
Vincent Trudel (le fils)

D'autres personnages étaient bien décrits dans le texte; il restait donc aux comédiennes et comédiens à leur faire honneur sur scène. Vincent a relevé un défi de taille, car il devait interpréter un fils maniaco-dépressif, auquel s’ajoutait, selon le metteur en scène, un dédoublement de personnalité accentué par une tendance schizophrène! Rien de moins... « Vincent devait présenter deux facettes diamétralement opposées du même personnage; il devait parfois, dans certaines scènes, faire vivre le changement de personnalité dans un même bloc de texte! Il devait donc rendre crédible, par sa manière de parler, le glissement entre les deux états de son personnage! » Le jeune comédien a brillamment joué son rôle et le public a beaucoup aimé le personnage.


Laurie Trottier (la savante folle)

« Savante folle », Laurie a également dû composer avec un personnage qui aurait facilement pu tomber dans la caricature de la savante au sarrau et aux cheveux brulés, qui parle sans que ses propos se tiennent... « Heureusement, Laurie a su développer, sans pratiquement aucune aide de ma part, un personnage nuancé et tout à fait nouveau, proposant une manière de bouger, de se déplacer, de tourner la tête. Elle a complètement renouvelé l’aspect de ce type de personnage. » Laurie est une comédienne de talent, qui joue beaucoup physiquement, ce qui est précieux, et sait nuancer la tonalité de ses répliques.   


Cynthia Perron (la sorcière)

Dans l’esprit du scénario, la sorcière devait ressembler à une diseuse de bonne aventure; Cynthia et Éric ne voulaient pas de cette image trop facile... Ils se sont donc donné comme mission de composer une « sorcière manquée », entre la sorcière de Disney et celle des frères Grimm. Cynthia devait donc ajouter des éléments de jeu à travers son texte pour faire comprendre au public que, malgré le grand désir de son personnage de terrifier les autres, elle était plutôt maladroite et plus ou moins efficace comme sorcière. Cynthia, de deuxième secondaire, est une nouvelle venue au théâtre; elle pensait donc hériter d’un personnage facile à jouer, mais finalement, son rôle a demandé d'acquérir et d'utiliser une bonne base en technique de scène, ce qu’elle a magnifiquement réussi.  

 
Karine Desrochers (Mathilde) et Antoine Prémont (Jean)

Finalement, Karine et Antoine, qui interprétaient l’an dernier, dans Antigone, des rôles on ne peut plus dramatiques, revenaient sur scène pour former « un vrai beau petit couple de mari et femme aux disputes et aux petites attentions romantiques » propres à un « vieux » couple... Le défi pour eux était donc de jouer des rôles de personnes 'normales' et laissant beaucoup de place aux autres comédiens. « Mais il est impossible, avoue Éric, de retenir un cheval qui veut sortir d'un enclos en feu! C'est-à-dire que même en donnant à deux acteurs des rôles devant laisser une place aux autres, des rôles dits 'normaux', puisque ce sont les autres personnages qui devaient donner l’impression de folie à la pièce, lorsque les comédiens sont chevronnés et remplis d'un désir de performer comme des professionnels..., alors ces personnages prennent finalement presque toute la scène et redeviennent centraux! »

Antoine, qui a bâti son personnage pratiquement sans soutien, a livré un mari très différent de celui du texte original. « Sa performance a donné le charme d'un 'homme macho qui cache une douceur de lapin'. Il a su glisser entre chaque ligne un jeu permettant au public de lire les pensées du personnage. C'est ce qu'on appelle jouer sur le deuxième niveau..., et Antoine a très bien maitrisé cette technique. »

Karine quant à elle a répondu aux exigences du metteur en scène : elle a donné à son personnage une couleur excentrique et « au bord de la crise de nerfs », en mettant son personnage constamment sur la ligne de l'explosion... « Il n'est pas facile de devoir jouer une folie retenue, qu'il ne faut ni surjouer ni cabotiner...; de laisser cette folie transparaître uniquement dans quelques lignes... C’est toute une commande que le metteur en scène donne à l’actrice en lui imposant de changer d'intention à chacune des lignes d'un dialogue. » Dans ce cas aussi, Karine a su répondre aux attentes en les surpassant!


Jade Cloutier (Irina)

Le dernier personnage évoqué par Éric Godin est celui d’Irina, qui réunissait dans un même rôle tous les défis. Irina est la « liftière », c'est-à-dire la responsable des ascenseurs. Son personnage avait, dans le texte original, peu de répliques, peu de scènes pour se démarquer, presque peu d’indications de jeu et une personnalité pas vraiment intéressante...

Jade, habituée à jouer des rôles très présents et qui n’en est plus à ses débuts en théâtre au collège, s'est retrouvée démunie pendant presque quatre mois, alors qu'elle travaillant ce personnage auquel Éric et elle n’arrivaient pas à trouver une forme intéressante. Ce personnage, malgré le peu de répliques à donner, devait malgré cela jouer un rôle très important dans toute cette histoire. « C’est une des raisons pour laquelle j'avais confié le rôle à Jade, explique le metteur en scène, car je la savais capable d'impressionner le public avec très peu de présence sur scène – ce qui est un très bon compliment pour un acteur, même si Jade ne l'a pas compris ainsi. Après beaucoup de travail, surtout de la part de Jade que j'ai dû abandonner seule à son personnage pour m’occuper des comédiens moins expérimentés de la troupe, une personnalité est apparue, tout particulièrement dans les présences non verbales, entre les courtes lignes de texte. »

Ainsi, Jade a interprété une liftière avec une couleur riche, nuancée et vraiment très intéressante, marquant le public. Comme quoi, ce ne sont pas toujours les rôles principaux qui impressionnent, « cependant, conclut Éric, pour que cette magie opère, on doit confier les rôles à des comédiens très forts qui doivent faire le sacrifice d'avoir moins de répliques »...

 
La magie opère...

Le vendredi soir 8 avril, la troupe était fin prête à présenter la pièce au grand public. Après quoi, au cours de la semaine du 11 avril, des extraits ont été présentés à chacune des classes, pendant les périodes de PAQ.

La pièce a été très bien accueillie; les comédiennes et comédiens ont fait rire l’assistance, et l’excellent travail de l’équipe technique – entre autres avec cette horloge mystérieuse mentionnée par l’auteur – a été remarquable.

Encore une fois, Éric Godin et sa troupe peuvent se féliciter : la magie du théâtre a opéré!

 

Marie Douville
Dam'dou rédaction - conception